Le pari ganant du Quad ESL 63
Tiré du numéro 15 de la revue Son Hi-Fi Vidéo de l'année 1981
Article écrit par Michel Prin



  18 ans. Il aura fallu attendre 18 bonnes années   pour voir et surtout entendre le nouveau électro-   statique du fabricant britanique Quad, baptisé   ESL-63 est surnommé FRED (Full Range Elec-   trostatic Doublet).

  Contrairement à bien d'autres compagnies où les   nouveautés nous sont annoncées régulièrement,   Quad le conservateur a pris le temps nécessaire   à la réflexion et à la conception pour lancer sur   le marcher un nouvel appareil conforme en tous   points à la tradition-maison du grand artisan de   la haute-fidélité en Angleterre, au Canada et dans   le monde entier.

  Sachant que 99,9% des fabriquants de transduc-   teurs ont échoué dans leur "aventure électrosta-   tique", il est à souligner que seul Quad a pu   s'imposer durablement auprès des audiophiles   avec un premier électrostatique qui remonte   maintenant à ... 25 ans.


  La réputation de sérieux et de fiabilité de Quad   s'en trouve ainsi rehaussée et, dans ce contexte,   on peut que se féliciter de la prudence manifestée par Peter Walker senior, fondateur et ingénieur en chef de Quad.

Mais avant de vous parler de FRED voyons un peu comment fonctionne un haut-parleur électrostatique. Bien avant l'invention en 1925 du haut-parleur électro-dynamique (à bobine mobile) par Chester Rice et E.W. Kel- log, le principe du haut-parleur électrostatique était déjà connu. Malheureusement, les matériaux de l'époque étaient ou soit trop lourds ou soit trop fragiles et l'industrie avait alors peu confiance en cette technique. Près de 60 ans plus tard, si les matériaux ont bien changé et sont désormais très fiables, un certain mystère plane en- core autour de l'électrostatique, mystère d'autant plus épais que le prix de l'appareil est somme toute assez éle- vé, plus de $4000.


Le procédé électrostatique est pourtant simple. Une membrane légère, assez grande, est exitée et contrôlée sur toute sa surface au contact de l'air . Qui ne s'est jamais amusé sur un banc d'école à frotter un crayon sur sa manche pour attirer des morceaux de papier ou qui n'a jamais ressenti par temps sec, en hiver, le petit choc causé par l'électricité statique au contact d'une moquette en fibres synthétiques?


L'électrostatique des haut-parleurs découle de ces constatations simples et familières. Entre deux électrodes "plan", percées de nombreux trous et acoustiquement transparentes, est placée une membrane légère dotée d'une charge électrostatique. Lorsque'un signal est appliqué aux électrodes, un champ électrique se crée entre elles. La membrane se met alors en mouvement sous l'effet d'une force semblable à celle qui attire le morceau de papier vers le crayon. En inversant la polarité du signal sur les électrodes, la membrane se déplace en sens opposé, créant ainsi une pression acoustique.


Le haut-parleur électrostatique jouit d'énormes avantages. En voici les principaux. La membrane étant exitée sur toute sa surface, elle n'a pas besoin d'être rigide. Elle peut être extrêmement légère et son énergie cinétique négligeable. Ce genre de haut-parleur n'a pas réellement besoin d'une boîte étant donné sa capacité d'adaptation d'impédance avec l'air. Ainsi donc, toutes les difficultés reliées à la résonnance du coffret disparaissent.


Si le principe électrostatique est simple dans son application, la conception et la fabrication d'un haut-parleur de ce genre sont fort complexes. Le résultat en vaut cependant la chandelle: le potentiel théotique d'un haut- parleur électrostatique peut atteindre un niveau de performance très nettement supérieur aux haut-parleurs conventionnels.


Mais comme rien n'est parfait en ce bas monde, cette petite merveille théorique a son talon d'Achille: un violon aura par exemple la même "grosseur" qu'un violoncelle. La membrane ne peut avoir une dispersion réaliste étant exitée sur toute sa surface et à toutes les fréquenses. Les constructeurs d'ESL (ElectroStatics Loud- speakers), y compris QUAD, utilisaient jusqu'à présent des membranes séparées pour les graves et les aigus et aussi, bien entendu, un filtre séparateur. Cette solution n'est pourtant pas idéale et, sauf rares exceptions où l'enceinte est formée de plusieurs panneaux orientables, une dispersion réaliste digne de ce nom s'avère qua- siment impossible.


Une autre difficulté de l'électrosatique, c'est la fiabilité. La puissance acoustique étant relative au voltage de polarisation, il est très facile de dépasser la limite théorique, de créer un arc électrique entre les électrodes et ainsi percer la membrane. Voici comment le cerveau de l'opération, Peter Walker a résolu ces problèmes.


Imaginez un haut-parleur théoriquement idéal, source ponctuelle émettant des ondes de pression acoustique, ainsi q'un plan dans l'espace perpendiculaire à la direction de propagation, situé à faible distance de la source. Si l'on pouvait rendre visible l'air sur le plan, on verrait des ondes concentriques en provenance du plan un peu, si vous voulez, à la manière d'une pierre lancée sur une eau calme.


  Remplaçons le plan par une membrane très légère   et amenons la membrane à reproduire le mouvement   des particules d'air observé précédemment. Suppri-   mont ensuite la source originale. Les résultats perçus   par un auditeur de l'autre côté du plan ne pourront   absolument pas être distingués de ceux de la source   idéale. Le QUAD ESL-63 réalise parfaitement cette   opération. Ce nouvel appareil est constitué d'une                                                                                     membrane tendue, placée entre deux jeux d'électro- des annulaires et concentriques. le signal est appliqueé aux électrodes par des lignes à retard séquentiel. Le mouvement de la membrane génère un modèle de pression sonore, réplique du modèle d'une source idéale placée à quelque 30 cm (environ 1 pied) derrière le plan de la membrane.


L'ESL-63 est une source sonore totalement homogène, sans erreur de phase, très apériodique (qui tend sans oscillation vers un régime stable), avec une réponse en fréquence, tant dans l'axe qu'hors de l'axe, pratiquement exempte d'irrégularités, défauts inévitables aux systèmes de haut-parleurs multivoies. Ainsi donc, Peter Walker a réussi à contrôler complètement la directivité du haut-parleur. L'énergie sphérique moyenne émise diminue régulièrement aux fréquences élevées.


L'impédance nominale du haut-parleur est de 8 ohms. Elle est essentiellement résistive et convient à tous les amplificateurs, à l'exception de ceux ne possédant pas de système de protection contre le court-circuit. Ces der- niers ne doivent pas être utilisés avec des ESL. L'amplificateur choisi doit donc être de capable de fournir 40 V en pointe (100 W sur 8 ohms). Il est possible d'employer des amplificateurs fournissant jusqu'à 55 V en pointe (190 W sur 8 ohms) mais ce n'est d'aucune utilité.


Le haut-parleur est équipé de deux circuits de protection. L'un limite la tension d'entrée maxima; l'autre détecte les possibilités d'ionisation et coupe instantanément le signal fourni au haut-parleur. Bien qu'il soit impossible d'endommager les composantes de l'enceinte, le limiteur de tension d'entrée n'offre cependant qu'une capacité thermique limitée. Ainsi donc une surcharge continue et persistante pourrait le détruire par suite de surchauffe.


Ceci dit, le placement d'un ESL est très délicat puisque L'appareil est plus ou moins omnidirestionnel. L'ESL- 63 est une source fonctionnant en dipôle, de la son acronyme "FRED" (Full Range Electrostatic Doublet / Doublet Electrostatique à large bande). Une source en dipôle offre les avantages non négligeables en ce qui concerne le placement dans la pièce et en matière de perception stéréophonique.


Avec des caractéristiques de dispersion sonore qui ressemblent à la forme d'un huit, un dipôle ne génère auc- une énergie dans le plan de sa membrane. Il n'excite pas les modes de vibration de la pièce dont les axes se trouvent dans le plan du haut-parleur. On place généralement les haut-parleurs de manière à ce qu'ils forment un angle avec les axes horizontaux de la salle d'écoute.


Avec le Quad ESL-63, l'excitation des deux modes horizontaux de résonnance de la pièce est de 3 db inférieure à l'excitation d'une source omnidirectionnelle alors que les modes verticaux ne sont pas excités. Le rapport du son direct et du son réfléchi est beaucoup plus grand avec une source en dipôle. Ce qui a pour effet d'augmen- ter la localisation de l'image stéréophonique.

Nos essais
Le QUAD ESL-63 n'est pas le premier venu et mérite d'être écouté très très attentivement. pour ce faire nous avons choisi plusieurs chaînes. Voici nos découvertes.

1ère session d'écoute
Une platine B et O équipée d'une cellule 20 CL. Préampli QUAD 44. Ampli QUAD 303.

Les hautes sont très belles. Le médium est voilé et les basses sont atroces, lourdes et trop fortes. Cet essai n'est évidemment pas recommandé par le fabricant. Le 303 n'est pas assez puissant et pourtant cet ampli, à notre oreille est supérieur au 405 dans biens des cas. Mais nous avons voulu essayer, comme on dit, pour voir. Maintenant que nous avons vu et entendu, notre conclusion est simple: mariage impossible.

2ème session d'écoute
Même platine. Même préampli et QUAD 405.

On releve une nette différence dans la dynamique mais on remarque toujours , hélas, un manque de profon- deur et de définition inquiétant. Aucune réverbération perceptible. Le son est propre, mais aussi plat. Les basses sont toujours omniprésentes et trop lourdes.

3ème session d'écoute
Même équipement que précédemment.

Déçus mais septiques, nous avons voulu "jouer" avec l'emplacement des enceintes. Quelle surprise! Un pied de différence change complètement le registre grave. Au cours des deux premières sessions, les ESL-63 étaient distants d'environt 3 pieds ( un mètre environ) de chaque mur. Autrement dit 4 pieds et une légère inclinaison en arrière nous ont presque redonné confiance et ravivé le désir d'acheter l'ensemble. Le rendu des timbres est excellent, la basse est bonne et profonde. Les aigues sont légèrement métalliques, trait commun dans la famille des électrostatiques. La voix est légèrement colorée mais sur des passages très complexes, notre ami FRED se mélange un peu! À $4,300 la paire, pour une catégorie de haut-parleurs faisant partie du petit peloton de tête des meilleures enceintes au monde, nous avons persévéré pour vérifier si ce coûteux appareil en valait vraiment la chandelle.

4ème session d'écoute
Une platine WIN LAB équipée d'un bras GOLDMUND et de deux cellules: GRACE F9E (à aimant mobile) et PERSPECTIVE (à aimant mobile) et QUAD 44 et 405.

Partant du principe que la source n'était probablement à la hauteur, nous avons fait appel à AUDIO PARXEL- LENCE à Lorraine près de Montréal, qui a bien voulu nous prêter la merveilleuse WIN LAB équipée d'un bras GOLDMUND et de deux cellules, GRACE F9E et de la toute nouvelle PERSPECTIVE de conception française.

L'effort c'est avéré payant et l'équipement prêté a véritablement commencé à rende justice au ESL-63. Fini le son électrostatique un peu trop métallique à notre goût. Les violons sont doux. Les cymbales ne sont plus a- gressives. La voix est presque parfaite et les graves sont maintenant excellents. Seules difficultés persistantes: un manque de détail et une dynamique restreinte.

5ème session d'écoute
Platine WIN LAB ADC 10. Bras GOLDMUND T3. Cellule PERSPECTIVE. Préampli ELECTROCOMPA- GNIET. Ampli de 25 Watts ELECTROCOMPAGNIET.

Partis comme nous l'étions pour l'aventure, nous n'avons pas relâché nos essais en apportant une nouvelle fois des modifications à l'équipement. Qui croirait que L'ELECTROCOMPAGNIET, bien qu'apparamment limité en puissance, peut produire d'énormes voltages en régime dynamique. L'expérience le prouve, cet appareil est l'un des meilleurs amplis actuels sur le marché. Il possède une grande qualité: sa docilité avec une charge élec- trostatique. Le voile est enfin levé. On peut entendre la respiration du flûtiste. Les moindres détails deviennent quasiment visibles. L'image stéréo est d'une stabilité et d'une profondeur remarquables. à vrai dire, tout est presque parfait. Seuls les passages complexes manquent un peu de défénition.

Ce que j'en pense
Le nouveau QUAD ESL-63 est incontestablement une réussite du genre qui ne décevra pas les inconditionnels de QUAD et de la nouvelle clientèle du célèbre artisan du son britanique.

Le ESL-63 est vraisemblablement le meilleur haut-parleur actuel au monde. J'aimerais bien en être convaincu fermement mais comment l'écouter, à tour de rôle, avec toutes les cellules et les amplis existants. Cela relève de l'utopie. Quoi qu'il en soit, le QUAD ESL-63 est sans aucun doute, après 5 séances d'écoute intensive avec différents équipements, le meilleur électrostatique que j'ai jamais entendu.

Le prix de vente est certe élevé. Compte tenu du produit, de sa conception et de sa fabrication excessivement soignées, ce prix, comparé à d'autres appareils de même classe, est justifié et concurrentiel. Ma seule réserve est que le potentiel maximum de ces superbes enceintes ne peut être atteint qu'au moyen d'une source excep- tionnelle et d'une électronique sophistiquée.

Mais le son est un prince exigeant et le plaisir, une reine passionnée.






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